Origine de la démarche
Je ne cherche pas le sujet : c’est lui qui s’impose à moi. Chaque œuvre naît du souvenir d’un paysage. Non pas de ses détails, mais de son atmosphère et de sa construction visuelle. Ces souvenirs proviennent de mes balades et de mes voyages. Certains lieux s’imprègnent durablement en moi. Le souvenir se prépare, se reconstruit intérieurement, jusqu’à ce que la composition devienne claire. C’est à ce moment-là que je commence à peindre.
Intention consciente
Dès le départ, je cherche une composition minimaliste. Tout ce qui doit être vu doit être clairement représenté. Il n’y a pas de sujet flou ni d’éléments secondaires. J’élimine volontairement toute narration : pas de détails anecdotiques, pas d’objets, pas de signes de vie quotidienne. Mon intention est de créer une image silencieuse. Il n’y a donc ni personnages, ni animaux.
Rapport au temps
Je travaille en deux ou trois étapes. La première consiste à poser des couleurs sombres sur l’ensemble de l’image, comme si elle était plongée dans la nuit. Les couches suivantes servent à faire apparaître la lumière, l’éclairage, les textures et les volumes. Une œuvre se réalise toujours sur plusieurs jours. Il n’y a pas de rythme fixe : les temps de pause peuvent être courts ou s’étendre sur plusieurs jours.
Gestes et pratiques
Je commence par des gestes larges pour le fond, puis j’utilise des touches de plus en plus petites pour les formes et les détails. Les gestes sont d’abord rapides, puis ralentissent au fur et à mesure de l’avancée de la peinture. Ma technique est construite et répétitive dans sa procédure.
Matériaux et contraintes
Je peins sur papier – très épais et très lisse – ainsi que sur toile de lin montée sur châssis, sur laquelle je travaille parfois des textures plus ou moins granuleuses. J’utilise principalement l’acrylique, mais l’aquarelle occupe une place particulière : c’est ma première technique de création. Mes outils sont volontairement limités : des brosses, en quatre ou cinq tailles seulement. Dans ma palette, le noir est remplacé par le violet. Je travaille majoritairement sur des formats carrés et des formats paysage.
Rapport à la couleur et à la forme
Ma gamme de couleurs est fixe et me permet d’obtenir des atmosphères légèrement désaturées. Les nuances de violet occupent une place centrale. Les formes sont simplifiées : je ne cherche pas une restitution réaliste, mais l’impression de la forme.
Contrôle et lâcher-prise
Lors de la construction de la composition, je travaille dans le geste et le lâcher-prise. C’est à cette étape que je peux accepter de conserver un accident. Au fil des couches, je passe progressivement dans un contrôle plus précis du résultat. Je m’arrête lorsque j’atteins une impression de silence et d’équilibre entre l’ombre et la lumière. C’est une décision fondée sur le ressenti.
Relation au spectateur
Je ne pense pas au regard du spectateur pendant la création. Je ne cherche ni à anticiper ses attentes ni à lui plaire. En revanche, je veille à produire une image claire et lisible. Ce qui est représenté doit être identifiable, sans ambiguïté.
Évolution du processus
Avec le temps, mon processus s’est affiné. Ma gamme de couleurs s’est réduite, les étapes se sont simplifiées et l’image finale est devenue plus minimale. Cette démarche d’épuration est toujours en cours : elle vise à me rapprocher, autant que possible, de l’essence de mes sujets.
Ce que je refuse
Je n’intègre volontairement aucun personnage ni animal. Je n’utilise pas la couleur noire. Je ne cherche pas à raconter une histoire.


Catalogue
Là où le silence habite
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