Altération : la démarche artistique de la première série de dessin de Pasquale

Altération – Paysages en mémoire lente

La série Altération est née d’un besoin de ralentissement et de réduction. Réduction des moyens, du geste, de la couleur, afin de revenir à une forme de présence plus essentielle.

Pour cette série, j’ai choisi de travailler exclusivement sur des papiers d’emballage de type kraft. Ces papiers, froissés avant toute intervention, ne sont pas considérés comme de simples supports, mais comme des surfaces déjà actives, déjà marquées. Le froissement introduit une mémoire préalable, une instabilité, une résistance à l’image lisse.

Le dessin s’est imposé comme une évidence. Il s’agit de ma première série entièrement dédiée à ce médium, abordé non comme une étape préparatoire, mais comme une forme autonome. Le dessin permet un rapport plus direct à la trace, au temps et à la matière.

J’utilise uniquement du pastel gras noir. Dans mon travail pictural, le noir est habituellement absent, remplacé par le violet. Ici, le choix du noir unique constitue une rupture volontaire. Il me permet de neutraliser toute dimension expressive liée à la couleur, pour concentrer le regard sur la forme, la densité et la surface. Le noir agit comme un outil de dépouillement, presque comme une contrainte nécessaire.

Les motifs – arbres et nuages – trouvent leur origine dans les paysages de Provence qui m’entourent : pins, cyprès, platanes, lignes végétales et masses aériennes. Toutefois, ces éléments ne sont jamais décrits de manière narrative ou descriptive. Ils sont volontairement retenus, simplifiés, parfois fragmentaires. Le paysage devient une présence diffuse, plus proche d’une mémoire que d’une vue.

Le froissement du papier joue un rôle central dans le processus. Il perturbe la lecture, fragilise la continuité du dessin et empêche toute illusion de profondeur stable. La surface impose ses propres accidents, ses ruptures, ses zones de silence. Le dessin doit composer avec ces contraintes, s’y adapter, parfois s’effacer.

Ce travail cherche moins à représenter un paysage qu’à en laisser apparaître la trace. Une trace altérée par le temps, par la matière, par le geste lent. Les œuvres évoquent ainsi une temporalité incertaine, proche de celle des photographies anciennes jaunies, où l’image semble déjà en train de disparaître.

À travers Altération, je m’inscris dans une démarche de retenue et d’attention.
Un rapport au paysage et à la création fondé sur le calme, la lenteur et une forme d’art de vivre du Sud, débarrassée de toute imagerie pittoresque. Le dessin devient alors un espace de silence, où la matière et le temps occupent une place aussi importante que la forme elle-même.

Catalogue

Là où le silence habite

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