Je peins ce qui se voit et ce qui ne se voit pas
Depuis toujours, je ressens un lien profond entre la créativité et la spiritualité. Je ne me rattache à aucune religion particulière, mais je me sens proche d’une forme de spiritualité intérieure, fondée sur l’intuition, la sensibilité et l’attention. Peindre est pour moi une manière d’entrer en relation avec le monde visible tout en restant ouvert à ce qui ne se voit pas immédiatement.
Ma peinture est figurative. Je représente la nature, l’architecture et les paysages urbains, avec une attirance particulière pour les ruines et les monuments chargés d’histoire. Ce sont des lieux où le temps a laissé des traces visibles : pierres usées, murs patinés, surfaces marquées. Ces signes m’émeuvent parce qu’ils témoignent d’une continuité entre le passé et le présent. L’histoire n’y est pas racontée explicitement, mais elle affleure dans la matière même du sujet.
Dans mes peintures, il n’y a jamais de présence humaine ni animale. Ce choix est essentiel. Je ne cherche pas à raconter une scène ni à imposer une interprétation. J’essaie au contraire de laisser un espace libre dans lequel le regardeur peut projeter sa propre histoire. L’image devient un lieu ouvert, silencieux, où chacun peut trouver une résonance personnelle.
Je crois autant au visible qu’à l’invisible. Le visible est ce que j’observe : un paysage, un bâtiment, une lumière, une surface. L’invisible est plus difficile à définir. Il se manifeste pour moi sous la forme d’intuitions, de sensations, de liens subtils entre les lieux et les êtres. Je suis sensible aux atmosphères, à la mémoire des lieux et à ce qui semble persister au-delà du temps. Je me sens également ouvert aux liens qui nous unissent à ceux qui nous ont précédés, comme si certaines présences continuaient à habiter les espaces.
Cette sensibilité s’est construite de manière paradoxale. J’ai étudié la psychologie, une discipline scientifique fondée sur l’observation et la rigueur méthodologique. Cette formation m’a appris à comprendre les mécanismes de la perception, de l’attention et de l’expérience intérieure. Loin de s’opposer à ma sensibilité, cette approche scientifique m’a donné des repères solides. Elle m’a permis d’accepter que l’intuition et la rationalité puissent coexister sans contradiction.
Par la suite, ma pratique de thérapeute cranio-sacré a profondément développé mes capacités de perception. Ce travail repose sur une qualité d’écoute fine et sur une attention particulière aux sensations subtiles. Avec le temps, j’ai découvert que cette sensibilité influençait aussi ma manière de peindre. Je perçois plus facilement les atmosphères, les équilibres et les tensions d’un lieu. Je ne cherche pas à les expliquer, mais à les accueillir.
Peindre est pour moi une forme de méditation. Lorsque je travaille, mon attention se concentre progressivement sur les formes, les couleurs et les valeurs. Le temps semble ralentir. Le geste devient plus simple et plus direct. Dans ces moments, je n’ai pas le sentiment de fabriquer une image, mais plutôt de laisser apparaître quelque chose qui existait déjà d’une certaine manière.
La méditation nourrit la peinture, et la peinture nourrit la méditation. Lorsque je peins, je me rends disponible à ce qui vient, sans chercher à tout contrôler. Cette disponibilité me permet de rester à l’écoute de mon intuition. À l’inverse, les moments de silence intérieur facilitent l’émergence des images. Je ressens ces deux pratiques comme indissociables.
Mon travail se situe dans cet équilibre entre présence attentive et lâcher-prise. Je pars toujours du réel, d’un lieu précis, d’une architecture identifiable ou d’un paysage observé. Mais au-delà de cette fidélité au visible, je cherche à traduire une expérience plus intérieure. Ce que je peins n’est pas seulement un endroit : c’est une rencontre.
Je ne cherche pas à transmettre un message précis. Une peinture ne donne pas de réponse et n’impose pas de sens. Elle ouvre plutôt un espace de contemplation. Celui qui regarde peut y trouver ses propres souvenirs, ses propres émotions ou ses propres imaginaires.
Pour moi, la créativité est une manière d’explorer le lien entre le visible et l’invisible. La matière picturale rend tangible ce qui resterait autrement silencieux. Peindre devient alors une façon d’habiter le monde avec plus d’attention, en restant disponible à ce qui apparaît autant qu’à ce qui demeure caché.


Catalogue
Là où le silence habite
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